QUALIFICATION DE LA SUBSTANCE

ET

TEMPORALISATION DU VERBE

 

D'un point de vue méta-grammatical pourquoi écrivons-nous : "Nous sommes arrêté(e)s" et "Nous avons arrêté" ? 

 

La première phrase est au présent de l'indicatif; la seconde exprime une action achevée dans le passé et aurait tout aussi bien pu être exprimée au passé simple.

- Dans la première phrase "arrêtés" prend "s" dans la mesure où le participe passé n'est pas le second composant du passé composé et revêt plutôt la nature d'adjectif qualificatif "passé" (autrement dit: clairement défini parce qu'achevé)  et la fonction d'attribut; il se rapporte et renvoie au sujet. Il fait intervenir une dimension réflexive en renvoyant à la substance dont il est un des aspects (au sens ordinaire), l'une des facettes.

- Nous l'avons appris, un adjectif qualificatif est une catégorie de mots qui met la focale sur la qualité d'un substantif sans la lui ajouter et nous permet conséquemment d'en apercevoir l'une des déterminations probablement infinies.

- "Nous" est un pronom personnel venant en lieu et place de plusieurs substantifs masculins ou féminins qui, en l'occurrence, se voient qualifiés, c'est à dire précisés. 

- La qualification étant subordonnée à la substance, en aval de l'être sensé la contenir, subséquente au mot-souche sans lequel elle ne serait pas, il apparaît logique qu'elle en ait la teinte, y fasse allégeance et y soit accordée en genre et nombre. Politesse et révérence obligent ! De même, disait-on naguère, les enfants doivent-ils le respect à leurs parents. Oui, je sais, ce n'est plus vraiment d'actualité; l'orthographe et la grammaire non plus d'ailleurs.  Y aurait-il là une relation de cause à effet ? Quand on se souvient que la mort du passé simple par exemple est datée de la fin des années soixante au titre de "temps bourgeois", nous sommes autorisés à le penser.  

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- En revanche, "nous avons arrêté" est un passé composé.  

- Le participe passé du verbe "arrêter" n'est pas un adjectif qualificatif, il ne vient pas qualifier le sujet, mais temporalise son action (représentée par le verbe) en la situant dans un passé révolu. Son mouvement n'est pas réflexif, mais pour ainsi dire flexif.  Elle concerne le sujet sans le qualifier au même titre que le lit dans lequel j'écris me concerne sans me qualifier.

Quelle différence avec le passé simple ? Théoriquement aucune semble-t-il, bien qu'à y réfléchir de plus près, le passé simple en tant que temps sans composition, en tant que temps élémentaire exprime plus sûrement peut-être, plus péremptoirement,  la clôture d'une période que le passé composé, dans son besoin d'un auxilaire, peine à nous faire admettre.

Le passé simple est catégorique, viril, majeur, régalien, quand le passé composé se montre plus incertain, fragile, mineur et servile.