14. avr., 2017

D'UNE PERTE

J'aurais dû me jeter sur mon ordinateur quand cette phrase s'est imposée à mon esprit. Non pas celle-là même que je viens d'écrire, mais une autre que j'ai oubliée.  Elle aurait sans doute donné un horizon à ma peine, la possibilité d'un souffle qui, en soi, en eût déjà été un.

Mais à présent, me voilà sec; semblable à un pécheur assis sur le bord d'un canal à attendre le prochain ban, tandis qu'un autre est passé sous ses yeux avant qu'il ne soit installé.  Me voici à rechercher sans force la trace d'un passage éclair qui ne m'aura pourtant pas marqué.  Etrange étrangeté !  Certaines choses éclairent-elle jusqu'à interdire l'ombre de leur mémoire ?  Peut-être est-ce là le plus précieux des souvenirs; à tout le moins aura-t-il finalement donner lieu à ces quelques lignes. Je l'entends sourdre comme une promesse.

Alors j'écris encore quelques mots à propos de mon amnésie.  Je me dis qu'à m'inscrire dans le sillon de la pensée comète de tout à l'heure, j'ai quelque chance d'en hériter le sable. 

Mais non, décidément, je comprends qu'aujourd'hui est un jour à mendier pour rien.