19. sept., 2015

LES LACANIENS

Ce qui m'ennuie chez les lacaniens, c'est précisément qu'ils soient lacaniens alors que Lacan ne l'était pas. Je sais...tout le monde ici sait cela, mais voyez-vous, il ne faut pas que le savoir, il faut le vivre. Lacan nous a probablement montrer le chemin non d'une école, mais d'une liberté. Les "non-dupes errent" paraît-il, autant dire que c'est en tant qu'aucun "nom-du-père" ne les inféode qu'ils sont clairement voués à l'improvisation et la pensée créatrice, la pensée artiste. On ne pense vraiment qu'en artiste et Lacan pensait de la sorte. Les lacaniens qui circulent un peu partout, j'entends par là, ceux qui ne jurent que par Jacques Lacan et se font une fierté d'en saisir l'oeuvre réputée retorse, ne semblent pas, à mon sens , avoir compris que le message de Lacan est avant tout une exortation à être soi-même, tendu dans le flux d'une quête, la cohérence d'une pensée dont le rapport à la vérité n'est à chercher sans doute que dans l'origine d'où elle se déploie. Lacan était un psychiatre-psychanalyste métaphysicien et vitaliste dont la parole n'était que l'effet du désoeuvrement requis pour qu'il y ait de la pensée. Il en est de même en musique ou en peinture et dans quelque forme d'art que ce soit. Il n'y a peut-être d'art qu'à cette condition expresse d'ailleurs. Autre chose d'importance, Lacan, s'il revenait, aurait sans doute beaucoup de mal à expliquer certaines choses qu'il a dites. "Dire" n'est pas nécessairement "comprendre", c'est avant tout révéler, à soi et aux autres, à soi par le biais des autres, cela même qui pousse à dire et qui en tant que tel est indicible.

 

©  THIERRY AYMES