VOUS AVEZ DIT "CENSURE" ?!

"I wholly disapprove of what you say and will defend to the death your right to say it[1]."(Miss Evelyn Beatrice Hall, in The friends of Voltaire).

Bien que cette phrase n’ait conséquemment jamais été écrite par François-Marie Arouet[2] et qu’elle soit plutôt l’œuvre d’une auteure britannique ayant ainsi résumé la posture intellectuelle du philosophe relativement à la liberté d’expression, de nos jours encore, et peut-être plus que jamais, elle laisse cette dernière question clairement ouverte.

Quel est le problème majeur qu’elle pose et quelles sont quelques-unes des questions qui découlent de ce problème ?

I –Problème :

-         Doit-on, au nom de cette liberté d’expression, permettre à des discours potentiellement liberticides de se développer publiquement ou doit-on en limiter la définition en déterminant les conditions d’une censure dès lors possiblement salutaire ?

II –Questions :

-         Qui jugera de la nature liberticide de certains propos tenus en public ?

-         Cette liberté d’expression, telle qu’elle est décrite par ses défenseurs (erronément voltairiens en l’occurrence), n’est-elle pas essentiellement paradoxale ?

-         Sa pertinence ne serait-elle pas que théorique ?

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Comme le suggère la phrase de Miss Hall à laquelle l’article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’homme[3] (1948) se fait l’écho, si elle est absolue, la liberté d’expression semble recéler les conditions de son propre anéantissement en même temps que de sa renaissance.  En tant qu’elle serait la manifestation d’un processus organique, autant dire « vivant », elle ferait incessamment osciller l’humanité entre deux pôles opposés, de la dictature à la démocratie et vice versa.

Ainsi définie, tel le Phœnix, elle paraît vouer l’Histoire à une éternelle circulation, entendons par là à un éternel recommencement. C’est alors, que le Progrès, en tant qu’il semble impliquer une temporalité linéaire, se voit condamné.

En effet, il ne peut y avoir de progrès sur fond de circularité, à moins que le mouvement de l’Histoire ne soit comparable à la forme d’un ressort qui allie on ne peut plus harmonieusement circularité et linéarité.

A quoi bon la liberté d’expression si elle doit nous tenir prisonniers d’une répétition à l’échelle humaine, d’un balancement chronico-historique entre deux extrémités ?  Ne vaut-il mieux pas alors la restreindre de sorte à nous garantir une véritable évolution ?

Sans doute est-ce pour cette raison que, dans notre pays, mais également ailleurs, certaines restrictions virent prestement le jour.

La liberté d’expression ne devrait-elle pas nous conduire hors de ce va-et-vient historique et œuvrer à l’avènement d’un homme rationnel et sage que les intérêts privés et les pulsions égotistes et animales ne lesteraient plus ?

 

© 2015 THIERRY AYMES



[1] « Je désapprouve totalement ce que vous dites et défendrai jusqu’à la mort votre droit de la dire ».

[2] Vrai nom de Voltaire (1694-1778).

[3]« Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit. »

PEUT-ON RIRE DE TOUT ?

Peut-on rire de tout ?…ou existe-t-il un « sacré objectif » que chacun se devrait de ne pas tourner en dérision ? A interdire de rire au sujet de ceci ou de cela, ne risque-t-on pas de tomber dans une interdiction de rire de quoi que ce soit et la liberté d’expression n’est-elle pas conséquemment menacée ?
Les africains ont souffert et souffrent encore, les homosexuels ont été longtemps maltraités et le sont encore, les juifs, les tziganes, les handicapés, les communistes ont connu leur malheur et le connaissent encore. On ne plaisante pas avec la souffrance des gens! C’est vrai.
J’ajouterai alors que, le cocu souffre d’être trompé, le nain de n’être pas assez grand, le gros de son surpoids, le drogué de sa toxicomanie, la veuve de sa solitude soudaine, le moche de sa laideur, le « plaqué » de sa séparation et celui qui glisse sur une peau de banane, de sa chute… La liste serait longue, infinie même et les communautés revendicatrices de plus en plus nombreuses ; jusqu’à l’atomisation pure et simple de notre fameuse et de plus en plus théorique « cohésion sociale ».
La souffrance serait-elle sanctificatrice du fait même du fardeau qu’elle inflige à celui ou celle qui en est la victime, et ce qui est saint devrait-il nécessairement nous inspirer un respect mêlé de crainte ? Sait-on jamais ?! La justice immanente d’un rire illégitime pourrait nous condamner, à moins que ce ne soit la justice divine.
Et voilà, le tour est joué ! Nous ne pouvons plus rire de rien. Tout est sacré.
Aux antipodes de l’amour selon certains, l’humour mettrait à une distance très proche de celle qu’observe la raison, ce qui ne saurait l’être sans que nous soyons dans un même temps frappés d’inhumanité. Or, si la raison, drapée dans sa froideur mortifère, n’est pas à même de donner une valeur aux choses, l’humour, de son côté, pourrait bien la reconnaître, mais refuserait obstinément d’y faire allégeance.
L’humour, comme le fou qui jadis l’incarnait, serait délinquant par nature, rebelle par vocation. Et pourquoi pas ? La vertu ne serait-elle que d’obéissance ? Et la désobéissance rimerait-elle nécessairement avec méchanceté ? Sans doute est-il difficile de ne pas coller à ce qui nous accable ou nous a accablés, mais n’est-ce pas également salutaire ? N’est-il pas souhaitable que chacun ait suffisamment de force pour s’extraire de l’enfer où il se trouve, des limites où il respire mal ?
Redisons-le, « sans distance point d’humour ! ». En ce sens, pourrait-on dire, il partage en effet la vedette avec la raison et la conscience. Il faut ne pas se confondre avec ce que l’on pense pour le penser, il faut ne pas adhérer (dans le sens où les moules adhèrent) à ce que l’on voit pour le voir. De même, il faut ne pas tremper tout entier dans la douleur pour en rire.
J’envisagerai volontiers l’humour comme une mise en quarantaine à laquelle j’ajouterai cependant le désir quasi-divin de n’être d’aucun lieu et de n’endosser aucune identité spécifique. « Vide » de pouvoir faire feu de tout bois et « quasi-divine » d’être partout et nulle part à la fois. Dès lors, « faire l’humour » reviendrait à s’absenter volontairement d’un chaos, un peu à la manière des différentes techniques de méditations qui, par la focalisation de votre attention sur un point donné, vous conduisent progressivement hors de l’espace-temps. L’humour est une échappatoire, plus encore, elle est une « invite » faite à quiconque souhaite ne plus subir sa vie, subir son monde, subir son Histoire.
Quelle différence fondamentale y a-t-il entre le violent qui vous frappe parce que vous l’avez regardé avec trop d’insistance et telle communauté qui revendique le droit de n’être pas tournée en dérision. Chacun à sa façon ne se prend-il pas pour un sanctuaire ? Oui, on peut rire de tout ! Il faut vouloir rire de tout. Le rire est salvateur. Reste à chacun de se sauver hors de lui-même, de ses croyances et de ses certitudes…par l’humour.
Mais attention toutefois : « humour n’est pas moquerie ». Tandis que le moqueur colle à la réalité et s’en sert contre un « autre », sachant que cet autre la subit et y colle également ; tandis que le « gros » verra sa grosseur qui le crucifie confirmée du dehors par le moqueur ; tandis que la moquerie condamne, l’humour seul peut sauver le condamné de sa peine.
D’où il paraît logique que l’humoriste se doit de pratiquer son art avant tout sur lui-même s’il ne veut pas être taxé de méchant et être tenu pour un sage.
Je propose donc une sotériologie (1) par l’humour.

© 2011 THIERRY AYMES

(1) - Partie de la théologie chrétienne concernant le salut et la rédemption par le Christ.

OEDIPE

Le texte d'une chanson figurant dans l'album "PHIL IT!" www.pournosaieux.com

UNE TENTATIVE MAGIQUE

Généralement, une rupture sentimentale est accompagnée d'une tentative que l'on pourrait qualifier de "magique". Rompre n'est pas suffisant; il convient de faire en sorte que votre désormais ex-partenaire se voit comme vous le voyez en le quittant. N'est-ce pas une façon psychologique de jeter un sort?


Avant cela, la personne que vous disiez aimer se voyait belle tant physiquement que moralement en faisant un détour par l'amour que vous lui portiez; en d'autres termes, elle vous avait délégué le pouvoir de la béatifier en la rendant aimable à ses propres yeux; mais voilà qu'au jour de la rupture, vous souhaitez que la même délégation produise l'effet inverse. Le plus souvent, il ne s'agit pas simplement de quitter, mais d'envoyer l'autre en Enfer avant de refermer la porte derrière soi.


Aimer, et probablement aimer "mal", consiste donc habituellement à donner à l'autre le pouvoir de vous sidérer, c'est à dire de vous propulser dans les étoiles; malheureusement, aimer ainsi, sous le coup d'une séparation, condamne l'amant à mort. Aimer ainsi revient à aliéner sa capacité à s'aimer "soi" (sans narcissisme), équivaut à envisager l'autre comme un sauveur qu'il n'est pas ou qu'il n'est que dans la mesure où il est de fait et en même temps un condamnateur.

©  MAI 2014 THIERRY AYMES

« On n’aime que dans la séparation et jamais dans la fusion ». Françoise Dolto (1908-1988)

Aimer, verbe fourre-tout par excellence.  On aime sa femme, les fromages qu’elle a achetés ; on aime son chien à soi, son propre travail ; on aime l’amour bref…l’amour que l’on éprouve pour ceci ou cela ne semble pas exiger, sous l’influence de l’objet aimé, ...que l’on utilise un autre verbe pour le désigner ; aucune matérialisation, dans notre langue, de l’effet qu’opère l’objet chéri sur le sujet aimant.  A tout le plus faut-il imaginer sur parole que l’amour d’un tel pour son épouse diffère qualitativement, de celui qui l’anime lorsqu’il se trouve devant un bon plat. 

Mais en dépit de sa décontextualisation, et sachant que Françoise Dolto est pédiatre et psychanalyste pour enfants, il y a fort à parier que la phrase à commenter fasse allusion à l’amour d’un humain pour un autre. 

Trêve de plaisanterie, n’est-il pas étrange a priori de penser qu’il n’y aurait amour que dans la séparation et non dans la fusion ?  Affirmer ceci, n’est-ce pas dire le contraire de ce que pensent la plupart des gens ?  Voyez comme il semble aller de soi que dans un jeune couple chacun aspire à l’union avec l’autre, rejouant ainsi la définition qu’un certain Aristophane donne de l’amour dans Le Banquet de Platon !  Le mythe d’un hermaphrodisme initial est bien présent, jusque dans nos expressions les plus courantes.  « Je te présente ma moitié ! » me dit un jour un ami que j’avais perdu de vue.  Est-il besoin d’en dire plus ?

A y regarder de plus près, que désirent les amants en vérité ?  ou, plus précisément, que ne désirent-ils pas ? (inconsciemment s’entend).  Ils ne désirent pas l’autre en tant qu’autre, mais en tant que même.  Ce qu’ils veulent, c’est la ressemblance.  D’ailleurs, ne disent-ils pas : « c’est fou, on est pareil ! On a les mêmes goûts, les mêmes rêves, les mêmes projets ; c’est génial !».  Génial oui, mais pour combien de temps ?  Le réveil ne risque-t-il pas d’être cruel ? Comment ne se rendent-ils pas alors compte de l’immense part narcissique en œuvre dans leur attachement mutuel ?  L’autreté de l’autre, son altérité est précisément ce qui doit disparaître dans la fusion.  Il s’agit de l’annuler en tant que désir autonome potentiellement en désaccord avec le mien.  D’où une conclusion qui semble s’imposer : l’autre pourrait bien n’exister qu’à proportion de la résistance qu’il oppose à mon désir.  N’est-il pas alors souhaitable qu’il me résiste dans la mesure où seule cette résistance me garantit une sortie salutaire hors de moi-même ?  Car l’amour fusion est cannibale en ce qu’il n’envisage l’autre qu’en tant que prolongement de soi, nous l’avons compris.  Il ne le laisse pas être différent ; il a peur de la différence dans la mesure où elle le menace de solitude. 

« Aimer dans la séparation » est tout autre chose.  Il s’agit de prendre acte de l’irréductible autreté de l’autre au même et de l’insurmontable solitude existentielle dans laquelle chacun se trouve.   C’est en ce sens et en ce sens seulement que l’autre peut apparaître en tant que tel et permettre une véritable rencontre.  Le mot « séparation » est à entendre ici dans sa dimension originelle.  A peine né(e)s, nous sommes de facto séparés et la vie n’est finalement qu’une succession de séparations venant confirmer la première.  « Vivre l’amour » impliquerait donc une certaine distance qui ne nous permettrait pas de transformer une douce et saine proximité en une promiscuité mortifère.  L’autre ne serait plus alors un complément, mais un supplément.  D’une certaine façon, pour « aimer vraiment » encore faut-il se savoir inexpugnablement seul  et tenir à ce que chacun le reste.  C’est ainsi que l’amour ne peut pas être  qu’un sentiment.  Etonnant en effet !

©  2012 THIERRY AYMES

 

LA RUPTURE 1

A l'occasion d'une rupture, ce n'est pas seulement un être que l'on perd, mais un monde. L'aimé n'est pas une abstraction que rien n'environnerait, il est une prégnance au sein d'un tout. Lorsque l'on sait que « pregnant » en anglais veut dire « enceinte », allons jusqu'à prétendre que c'est ce tout même qui porte en son sein la personne chérie sans jamais l'expulser tout à fait. Si le deuil d'une relation privilégiée est si difficile à faire, c'est qu'à bien comprendre ce que j'écris plus haut, la rupture nous condamne à l'im-monde et tend à nous virtualiser. Tout comme l'individu, l'autre-détachable est un mythe ; il n'existe que des imbrications, des agrégats. L'on ne perd jamais un être, mais c'est en un sens le monde qui le portait et le rendait visible qui s'écroule avec nous lorsqu'une histoire d'amour s'achève avec plus ou moins de fracas.

©  2013 THIERRY AYMES

LA RUPTURE 2

Lorsque, dans votre couple, vous vous trouvez pris au piège d'un cercle vicieux destructeur, une solution se présente spontanément à vous :

La rupture (définitive ou passagère):  le plus souvent, elle n'est pas fondée sur des bases objectivement intolérables. Elle résulte plutôt d'une accusation mutuelle au sujet de broutilles autour desquelles se rejoue sempiternellement une scène originelle douloureuse; elle  procède de la certitude superficielle et commode qu'a chacun d'être dans le vrai, de n'être pas compris par l'autre et que cette incompréhension est définitive, sans espoir de guérison.  Elle est en réalité conséquente à une incapacité, une peur, celle  de se remettre profondément en question et prend la forme d'une lutte pour le pouvoir; en l'occurrence, celui-là aura le pouvoir qui parviendra à faire porter l'entière responsabilité (ou presque) du carnage à l'autre et s'épargnera la peine d'une inspection de la poutre qui est plantée dans son oeil.

Mieux vaut alors se laisser guider par les traumas, les mauvaises habitudes, mieux vaut laisser reigner le passé affligeant, mieux vaut abandonner à la force d'inertie psychologique le soin de gouverner notre actualité et de nous reconduire sans cesse au même point.  Dans ces moments-là, nous pensons fermement que l'autre est responsable de ce gâchis, et l'inverse est également vrai.  Ce faisant, redisons-le autrement, nous nous décrivons tacitement comme un être sans liberté; un être réactif (et non actif), un être, en un sens, sans réalité, comparable à un stylo qui tombera à chaque fois qu'il sera lâché, mais ce n'est pas grave.  La posture est oisive, donc relativement agréable, et le travail fait mal.  Nous  nous dispensons donc logiquement de l'effort à faire pour sauver le couple et recommençons une histoire,toujours  la même, quelques temps plus tard avec quelqu'un d'autre.  Ainsi soit-il!

©  2013 THIERRY AYMES

"D" COMME DIEU

Il est intéressant de constater que, généralement, nous sommes plus soucieux d'être dans les petits papiers de notre patron que dans ceux du bon Dieu. Il semble en effet plus urgent de faire ce que notre supérieur hiérarchique nous commande de faire que de nous comporter selon les lois divines. C'est que Dieu est le plus souvent beaucoup plus compréhensif que notre patron ; on s'arrange toujours avec lui, on le prend même un peu pour un imbécile, on le néglige.
De même faisons-nous avec ceux des êtres humains qui font preuve de patience, de compréhension et de gentillesse; de même faisons-nous avec les animaux et tout ce qui vit sans réclamer autoritairement son dû, faute de moyens.
Dieu n'impose rien, jamais; et c'est bien ce que nous semblons regretter. La crainte et la peur sont vraisemblablement plus motrices que l'amour inconditionnel qui, par définition, ne veut rien d'autre que ce que l'aimé(e) désire spontanément, c'est à dire sans être menacé.
Aimer, c'est ne vouloir que la liberté de l'autre, et ce, au risque d'être lis à mort à chaque instant pour ne vouloir que cela.

©  2012 THIERRY AYMES

EXTRAIT ANONYME D'UNE CONSULTATION PHILOSOPHIQUE EN 2011

A l'occasion d'une consultation philosophique, voici quelques-unes des questions que j'ai posées à un consultant :

- "Avec qui couche-t-on quand on ne connaît pas suffisamment la personne avec qui l’on couche ? "

- " Ce genre de rencontres ne serait-il pas à tout le plus, une forme d'auto-érotisme sophistiqué en même temps qu’une forme d’impuissance à sortir de soi et partir à la rencontre de l’autre, de cette partie de l’autre irréductible à la représentation que l’on en a ? "

Le consultant m’interrompit et me dit : " Sans doute est-ce cela qu’il y a à aimer... une transcendance qui se donne paradoxalement dans les traits d’une personne que l’on ne prend le plus souvent pas le temps de rencontrer au nom d’un désir libéré et impérieux, en même temps qu’au nom d’une « majorité » (au sens kantien) qui vient sanctifier le libre consentement de chacun. "

Je poursuivais : " Aimer, ne serait-ce pas prendre le risque d’attendre que l’autre se révèle dans son autreté irréductible et nous montre le chemin hors de nous-mêmes. "

Il reprit : " En ce sens, le désir physique n’a-t-il probablement rien à voir avec l’amour et procède, tout comme l’état amoureux, d’une projection narcissique qui nous condamne par avance à louper l’autreté de l’autre en tant que cible possiblement salutaire. "

Il me rappela alors qu'à l'occasion d'une séance précédente, nous avions évoqué le mot grec signifiant: "rater sa cible" hamartia, et qui a été traduit en français par le mot péché.

Je me dois préciser que mon patient est agnostique.

Ce fut une bonne séance de travail qui demande néanmoins a être déblayée et approfondie.

STABLE OU EQUILIBRE(E) ?

Il existe une très grande différence entre un individu stable et un individu équilibré.  Le premier tient bien sur ses pieds, c'est une évidence, mais il n'avance pas.  Il se condamne à un coin du monde et un fonctionnement. Si d'aventure vous le poussez, il tombe.  Le second marche.  Or, qu'est-ce que marcher ?  C'est maîtriser un déséquilibre.  Paradoxalement, une personne équilibrée est en perpétuel déséquilibre...maîtrisé.  Combien de fois avons-nous vu des connaissances ou des proches que nous disions stables s'écrouler à la moindre épreuve ?  C'est que les personnes stables ont peur de la vie.  C'est d'ailleurs pour cette raison qu'elles ne bougent pas.  Leur stabilité est relative à un environnement, une géographie (intérieure et extérieure), un rituel auxquels elles se limitent.  Elles se confondent avec ce qu'elles ont (objets, amis, souvenirs, habitudes).  En revanche, les personnes équilibrées tiennent leur force du dedans d'elles-mêmes. Où qu'elles soient, quoi qu'il leur arrive, elles gardent confiance et se sentent bien. Alors ! Êtes-vous stable ou équilibré(e) ?

© 04/2015 THIERRY AYMES

BLEU A L'AME

"Il rencontre une femme qui est tout à fait son style, physiquement.  Il l'aborde, tout se passe bien; l'attirance paraît réciproque.  Il la fait rire et il apprend qu'elle a dit à l'une de ses amies qu'elle le trouvait en outre intéressant.  Elle est très gentille, souriante et mesurée jusque dans la fête qu'elle aime apparemment faire. Malheureusement, il se rend très vite compte qu'elle va sans doute avoir du mal avec la structure de son esprit enclin à l'abstraction et qui le conduit régulièrement à élaborer des phrases un peu complexes forgées de mots empruntés à un lexique plutôt sophistiqué.  Elle est beaucoup plus simple que lui et parle un français assez peu élaboré.  Il pense que la maîtrise d'une langue conditionne un accès à une certaine forme de pensée. Il se demande s'il est bon qu'il aille plus loin avec elle.  A quoi rimerait-il qu'ils se retrouvent dans un lit puisqu'il pressent déjà de très nombreux problèmes dont il ne tient pas à me dresser la liste exhaustive? Il ne veut pas avoir à lui dire qu'il vaut mieux s'en arrêter là après lui avoir fait l'amour.  D'ailleurs, alors qu'il ne l'a même pas embrassée, il se sent déjà coupable de l'avoir séduite...pour rien. Deux jours après qu'ils se sont rencontrés, les revoilà ensemble.  Il l'a attendue la veille et elle n'est pas venue.  Il espérait qu'elle vienne ce soir et c'est heureusement le cas.  Avant qu'il ne la réaborde, une autre amie lui confirme qu'elle s'intéresse à lui.  Ca l'ennuie semble-t-il un peu au lieu de le réjouir. Il anticipe avec angoisse le danger d'une relation interrompue très vite par une séparation qu'il provoquera, mais il la trouve belle et décide quand même de retourner vers elle et de lui parler.  Elle fait mine d'être étonnée de le retrouver.  Après le repas à l'occasion duquel il s'est rendu compte qu'il n'avait pas grand chose à lui dire, ils se retrouvent à danser.  Il a le sentiment qu'un désenchantement a eu lieu, de son côté à elle comme du sien.  Aurait-il dit quelque chose qui l'aurait refroidie ? Il fait mine de danser avec joie, mais ne s'agite en réalité que pour être à ses côtés et réfléchit à  ce qu'il va bien pouvoir lui dire pour connaître définitivement son désir.  Il baragouine : "Veux-tu que nous nous éloignions de la piste de danse ?" Elle lui répond : "Pourquoi faire ?" Il est décontenancé et en conclut qu'elle joue ou qu'elle n'a finalement pas envie d'aller plus loin avec lui; dans les deux cas, il en est peiné. Alors il reste encore un peu dans ses parages tout en imaginant la phrase qu'il va bien pouvoir dire pour justifier son départ.  Il se trouve un peu ridicule à l'attendre. Il choisit de s'avancer vers elle et de lui dire tout simplement qu'il rentre.  Elle lui dit qu'elle rentre aussi.  Ils se font la bise et n'échangent même pas leurs numéros de téléphone.  Dix minutes avant, alors qu'il lui avait demandé à quelle heure elle avait prévu de rentrer, elle lui a répondu qu'elle n'avait pas d'heure. Il s'est retrouvé dans son lit à lui, un "bleu à l'âme", à cause d'une relation avortée dont il n'avait pas réellement envie étant donné toutes les difficultés qu'il pouvait anticiper et  à cause de laquelle il aurait sans doute souffert s'il s'y était laissé aller."

 

© 2014 THIERRY AYMES

 

IL Y A AIMER ET AIMER

Platon pourrait très bien avoir tort;  le plus souvent, nous n'aimons pas l'autre parce qu'il nous complète et nous permet de restaurer notre unité initiale, non, nous ne l'envisageons pas comme notre moitié, mais plutôt comme le prolongement de notre désir. Nous l'aimons parce qu'il nous confirme dans ce que nous pensons de nous et du monde, et le... fait est qu'en tant que tel, il disparaît en tant qu'autre. D'ailleurs, quand vient la fin de ce type de relations, il n'est pas rare que celui qui fut ainsi aimé, ne supportant pas de ne plus l'être, décide plus ou moins consciemment de détruire (physiquement ou psychologiquement) l'autre précisément là où il affirme son "autreté", c'est à dire dans le désaccord, la rupture. D'où, il paraît évident que l'amour que nous lui portions n'était en définitive qu'un refus déguisé de sa différence, un désir inavoué de le détruire. C'est ainsi qu'aimer, communément, revient à chérir et cultiver la ressemblance que tel autre entretient avec soi, beaucoup plus que ce qui fait de lui...un autre.

© 2012 THIERRY AYMES

CHEZ LES LACANIENS

"Ce qui m'ennuie chez les lacaniens, c'est précisément qu'ils soient lacaniens alors que Lacan ne l'était pas. Je sais, tout le monde ici sait cela, mais voyez-vous, il ne faut pas que le savoir, il faut le vivre. Lacan nous a probablement montrer le chemin non d'une école, mais d'une liberté. Les "non-dupes errent" paraît-il, autant dire que c'est en tant qu'aucun "nom-du-père" ne les inféode qu'ils sont clairement voués à l'improvisation et la pensée créatrice, la pensée- artiste. On ne pense vraiment qu'en artiste et Lacan pensait de la sorte. Les lacaniens qui circulent un peu partout, j'entends par là, ceux qui ne jurent que par Jacques Lacan et se font une fierté d'en saisir l'oeuvre réputée retorse, ne semblent pas, à mon sens, avoir compris que le message de Lacan est avant tout une exortation à être soi-même, tendu dans le flux d'une quête, la cohérence d'une pensée dont le rapport à la vérité n'est à chercher sans doute que dans l'origine d'où elle se déploie.  Lacan était un psychiatre-psychanalyste métaphysicien et vitaliste dont la parole n'était que l'effet du désoeuvrement requis pour qu'il y ait de la pensée. Il en est de même en musique ou en peinture et dans quelque forme d'art que ce soit. Il n'y a peut-être d'art qu'à cette condition expresse d'ailleurs. Autre chose importante, Lacan, s'il revenait, aurait sans doute beaucoup de mal à expliquer certaines choses qu'il a dites. "Dire" n'est pas nécessairement "comprendre", c'est avant tout révéler, à soi et aux autres, à soi par le biais des autres, cela même qui pousse à dire et qui en tant que tel est indicible."

©  2013 THIERRY AYMES

LA HAINE EST UNE COMMODITE

La haine est une commodité, une défense contre un bouleversement qu'une remise en question pourrait occasionner. Elle n'est que l'autre côté de l'amour-passion qui, loin d'envisager l'autre comme un autre, ne le chérit que pour autant qu'il le dispense momentanément de s'aventurer hors d'un fantasme tout personnel où il trouve sa place.  L'amour-passion ne détruit pas l'aimé(e) certes, mais porte en son processus même les conditions de son inexistence et s'en régale.   La haine, à sa manière, perpétue ce non-avènement de l'autre dans le champ conscientiel de l'un.   De la passion cannibale-réflexe, nous passons à l'assassinat pur et simple, que celui-ci soit symbolique ou réel et dans un cas comme dans l'autre, aux prises avec la passion, nous restons enfermés en nous-mêmes.

© 03/2013 THIERRY AYMES

"Aimer, c'est trouver sa richesse hors de soi" (Emile Chartier, dit Alain/1868-1951)

Cette citation m’en rappelle immédiatement une autre.  « L’amour fait grâce à l’homme de s’appartenir hors de ce qu’il est » ; elle est de Joë Bousquet, un magnifique poète carcassonnais de la première moitié du 20ième siècle.  J’avais 18 ans lorsque j’a...chetai mon premier livre de ce grand homme : « La connaissance du soir ».  Dans une petite librairie du Puys-en-Velay.  Je me souviens de Cathy qui m’y avait accompagné.  Je ne l’aimais pas exactement.  Elle était jolie.  Je lui avais immédiatement préférais ce recueil.  Je l’ai perdu et racheté combien de fois ? 

Mais il s’agit d’Alain et de ce qu’il nous dit ici de l’amour.  Il nous parle de richesse, mais de quelle richesse est-il question ?  De celle que l’on ne possède pas bien sûr; de celle qui se dessine en creux.   Juste un peu plus loin dans la phrase, il précise sa pensée « …je dis sa richesse intime… »  Si j’osais, j’ajouterais « extimement intime » en ce que l’amour n’a pas de lieu où se substantifier.

Non ! ou plutôt oui !  L’amour nous rend paradoxalement riches d’être pauvres, c’est à dire sans dedans ; il est un pur dehors et nous rend riches de nous arracher aux grimaces d’un ego psycho-rigide : riches de n’être ni identité, ni crispation, mais vent…un vent sur le visage de l’autre. 

Là encore, pardonnez-moi, me revient une phrase de Sartre cette fois-ci ; une phrase qui ne parle pas de l’amour, mais de la…conscience.  Ce qu’il en dit est étrangement semblable à ce que nous pourrions dire de l’amour : « …la conscience est claire comme un grand vent, [qu’]il n’y a plus rien en elle, sauf un mouvement pour se fuir, un glissement hors de soi[1] »

Aimer, c’est trouver, sans l’avoir cherché, son salut dans une incessante course vers un ailleurs.  Aimer, c’est être ravi, au sens où le « ravi » est bien victime d’un rapt commis par un ravisseur ou bien plutôt par une « ravissante » ou un « ravissant » quel qu’il soit.  Reste à se tenir toujours disposé(e)s à l’envol, au départ, au voyage, à la bohème.

 [1] Situation 1, p.47 NRF Gallimard 1992, p.31-35

© 2011 THIERRY AYMES

AIMER POUR LE MEILLEUR ET SANS LE PIRE

En matière sentimentale et sans doute à partir d'un certain âge (dès la trentaine et encore plus vers la quarantaine selon moi), il est désormais habituel d'entendre telle ou telle personne dire qu'elle ne veut pas "se prendre la tête".  Derrière ce voeu de chasteté intellectuelle que des légions d'individus appliquent sans effort (et pour cause), ...se cachent bien souvent de nombreuses blessures et des kyrielles de désillusions mal digérées.

Mais que doit-on précisément entendre par là?  Voici ma réponse que vous pourrez bien entendu discuter si le coeur vous en dit.

Dans un premier temps, nous pouvons tout simplement comprendre que Madame ou Monsieur ne souhaite pas vivre une histoire compliquée où trop de questions s'imposeraient comme une tonalité générale.  Quelques interrogations oui, pourquoi pas, il faut bien s'ajuster en dépit des connivences immédiates, mais point trop n'en faut.  Je remarque d'emblée que cette notion d'excès est relative à chacun et qu'elle est par nature sujette à...discussions.

Si j'approfondis, il m'apparaît que celle ou celui qui souhaite ne pas "se prendre la tête" aspire avant tout à ne pas se sentir responsable de l'autre et désire une relation "légère".

J'aime cet adjectif en ce qu'il éclaire l'expression qui me préoccupe.  En effet, une relation est plus "lourde" si elle nous oblige à prendre littéralement  l'autre "en charge" (ici au niveau affectif); elle est dite "légère" si cet autre se prend lui-même en charge et assume ses responsabilités.

Je note au passage que l'expression analysée est généralement prononcée par des personnes qui ne sont pas amoureuses, mais qui souhaitent avoir néanmoins une relation sentimentale "pour le meilleur sans le pire". 

© 02/2014 THIERRY AYMES

LA RATIONALISATION

En psychanalyse, 4 concepts me paraissent cruciaux et délicats à manier :

a)      La résistance

b)      La rationalisation

c)      La sublimation

d)      Le transfert

Je m’intéresserai pour l’heure au second.

Rationalisation : à ma connaissance, ce terme a été introduit dans le vocabulaire psychanalytique par Ernest Jones vers 1910 (à vérifier).

On a coutume de nommer  rationalisation le processus par lequel  telle personne considère comme des choix personnels dictés par une attitude rationnelle et libre ce qui est plutôt le résultat d’un désir inconscient .

Que penser alors d’un psychanalyste qui prétend connaître clairement les raisons pour lesquelles il est irrésistiblement attiré par une personnalité médiatique dont il imagine pourtant aisément l’insupportable égocentrisme ?

Que penser de ces propos lorsqu’il affirme : « Je ne suis pas dupe, mais j’ai envie de me payer ce petit plaisir ! »

Etant donné sa profession, il est certain que son argumentation ne serait pas défaillante…

Sans doute dirait-il des choses du style : « je sais ce que je fais, je l’assume.  C’est une histoire entre deux personnes adultes et consentantes ; le fait qu’elle m’ait dit qu’elle  n’avait qu’une heure à me consacrer n’est pas humiliant, c’est une femme très sollicitée tellement elle est brillante, et puis…je suis libre de faire ce que je veux avec mon corps etc. »

Or, si la rationalisation est finalement  la justification déformante d’un désir inconscient, redoutable pour le sujet, d’une pulsion inavouable, (d’où l’expression : « elle ou il se raconte des histoires ! »), ne suis-je pas autorisé à penser que cette personne, ce disant, rationalise son désir sans être parvenue une seconde à s’extraire du piège où elle retombera toujours…avec son consentement ? Ne puis-je pas penser qu’elle ou il refuse tout bonnement de s’avouer être le jouet de ses pulsions ?

Le consentement en question, même lorsqu’il est intelligemment défendu, ne pourrait-il pas être, selon la psychanalyse elle-même, un travail de déformation salutaire pour qui ne veut, voire, ne peut plus s’avouer qu’il ne parvient pas à résister à son désir sexuel  par exemple?

Il apparaît alors clairement que la psychanalyse peut voler au secours de cela même qu’elle dénonce en proposant un argumentaire substantiel à qui ne parvient pas à se rendre maître de ses pulsions. Allons même jusqu’à penser que l’édifice psychanalytique tout entier pourrait être tenu à raison pour ce que les spécialistes eux-mêmes appellent un « délire compensatoire ».   

Qu’en pensez-vous ?

 

© 03/2013 THIERRY AYMES

 

INJUSTICE

Puis-je oser dire sans me faire tomber dessus à bras raccourcis que la beauté et l'intelligence sont des qualités aléatoirement distribuées à la naissance. Bien sûr, de nos jours, la première peut-être achetée par quelques-un(e)s au risque d'un formatage esthétique et la seconde peut être "boostée" par un travail soutenu, mais il existe à mon sens des inégalités "naturelles" entre les êtres que la politique devrait s'employer à estomper au lieu de les exacerber.

Est-il acceptable qu'un mannequin par exemple gagne des millions d'euros par an? qu'un footballeur puisse s'acheter une Ferrari par mois? qu'un présentateur-télé ait une magnifique demeure dans chaque ville tendance, que certains directeurs d'entreprises bénéficient de parachutes exorbitants au moment de leur licenciement quand on sait que le SMIC est à 7 euros net de l'heure et qu'un français moyen gagne 1700 euros brut pour 150,66 heures forfaitaires de travail mensuel ?

A mon sens, une société qui permet ce genre d'écarts entre les hommes n'est pas une société humaine.

Les qualités naturelles doivent-elles être valorisées au point de creuser un fossé infranchissable entre les bien-né(e)s et les mal-né(e)s?

Rares sont les individus qui font fortune "sans cervelle" et cependant sont-ils pour quelque chose dans leur héritage génétique? A moins d'invoquer la notion de "karma"...non ! Pas plus que Naomi Campbell ou Laetitia Casta ne sont pour quelque chose dans la plastque qui les fait vivre.

Peut-être ferions-nous bien de réintégrer les leçons de morale à l'école au cours desquels chaque enfant se verrait invité à aller dans le sens de son don (il ne s'agit pas de s'en emputer) dans le but d'en faire profiter les autres par le truchement d'une initiative "privée" et non seulement institutionnelle. Au lieu d'encourager l'individualisme, encourager ouvertement l'altruisme en suggérant aux élèves de développer leurs dispositions au maximum dans le but de partager avec les mal-né(e)s ce qu'ils en retireront.

Certes, les impôts sur le revenu et la fortune sont-ils importants, mais il existe des personnes fortunées au point d'avoir encore beaucoup trop d'argent après impôts et sans doute serait-il bon qu'elles apprennent à partager au-delà d'une obligation étatisée.

En écoutant parler un présentateur célèbre qui disait être prêt à payer encore plus d'impôts (toutes sortes confondues), je me disais que le socialisme chrétien d'Emmanuel Mounier était peut-être cela.

Imaginez un instant que vous soyez beau, intelligent et doté d'une détermination inflexible qui vous conduise à réussir tout ce que vous entreprenez; un soupçon de réflexion devrait vous faire comprendre que vous n'êtes pour pas grand chose dans tout cela dans la mesure où l'essentiel vous a été d'emblée offert par la nature et que votre travail ne fut possible que grâce à une chance initiale.

©   2013 THIERRY AYMES

 

LA PHILOSOPHIE PEUT-ELLE SOIGNER ?

Vaste et délicate question à laquelle nous répondrons sans hésitation que c’est sans doute une de ses  vocations premières à conditon que nous entendions le verbe "soigner" dans un sens précis. Nous devons cependant prendre des pincettes avec la notion de "soin" et l'appellation désormais contrôlée de "Psychothérapeute" (article 91 du 21 juillet 2009 et décret du 20 mai 2010)

Soigner donc; entendons par là: "S'occuper du bien-être matériel et moral d'une personne". En ce sens, la philosophie soigne bel et bien depuis son origine. Elle ne "traite" pas à la façon d'un médecin qui traiterait une maladie ou une plaie, mais elle se soucie de l'âme des hommes. Il n’est, entre autres, que de lire Epicure (....) et sa fameuse Lettre à Ménécée pour s’en convaincre.

A cette époque, l’hypothèse de l’Inconscient psychique était très loin d’être conçue et seule, la pensée logique et consciente tenait lieu de garant vers la paix. La Raison, pareille à un Deus Ex Machina garantissait l'universalité d'une pensée et ignorait la subjectivité individuelle.

Ainsi pouvait-on comprendre, grâce au philosophe, que la mort n’était effrayante que par une fâcheuse erreur de raisonnement.  

Mais, pour bien saisir son point de vue, encore faut-il connaître sa Physique d’où découle son discours rassurant sur la mort.  

Nous comprenons alors que d’une conception strictement atomiste du monde dérive un mode de vie, une éthique.  

D’une doctrine matérialiste, nous aboutissons ici à la certitude logique que la mort est une chimère et que seule la vie doit être notre préoccupation. 

Dès lors, « comment vivre sans souffrir et sans faire souffrir ? » restent vraisemblablement les seules questions d’importance donnant possiblement sur un hyperépicurisme qui reste à penser.

Est-il donc absolument nécessaire de chercher à désamorcer son Inconscient subjectif ou, plus profondément encore l’Inconscient Collectif pour parvenir à la sérénité ?

La question reste ouverte  ! 

***Bien sûr, les lourdes psychopathologies ne sauraient relever d’une approche philosophique, mais bon nombre d’entre nous, plutôt stables affectivement, ne souffrent-ils pas d’une incohérence logique ou d'une couche limoneuse de présupposés trop docilement admis qu’il est bien souvent aisé de dénoncer, à condition de le vouloir et de prendre le temps nécessaire à cette tâche ?

Le langage courant charrie à n’en pas douter une kyrielle de présupposés dont nous ne  soupçonnons pas l’existence.  Ces présupposés, entendons par là, ces affirmations admises comme allant définitivement de soi, orientent sans conteste notre façon de penser ainsi que nos manières d’être et de sentir.

1/ L'objet des consultations philosophiques pourra consister à identifier chez celui que nous appellerons le "progressant", au travers de ses opinions, de ses réponses plus ou moins spontanées, les présupposés non avoués à partir desquels il fonctionne. Ce qui permettra de définir et creuser le ou les points de départ

2/ Dans un deuxième temps le consultant pourra prendre le "contre-pied de ces présupposés, afin de transformer d'indiscutables postulats en simples hypothèses" (Oscar Brénifier).

3/ Le consultant pourra articuler les problématiques ainsi générées au travers de concepts identifiés et formulés. C'est au cours de cette dernière étape, - ou auparavant si l'utilité s'en fait sentir plus tôt - que le consultant utilisera éventuellement des problématiques «classiques», attribuables à un auteur, afin de valoriser ou mieux identifier tel ou tel enjeu apparaissant au cours de l'entretien.

Il s’agira alors d’inspecter ce sur quoi nous nous sommes innocemment édifiés en tant que sujets et de poser les bonnes questions dans le but de valider ou non notre assentiment.

Qui, par exemple, pourrait contester qu’une infrastructure judéo-chrétienne préside à notre façon d’aimer, à notre vision de l’amour à laquelle les notions de fidélité et de famille semblent être indissociablement accolées ?  Même les plus grands mécréants pourraient très bien continuer de colporter cette représentation deux fois millénaires au point de la confondre avec une évidence dont notre affectivité même ne serait que l’épiphénomène insoupçonné.

Sentons-nous, éprouvons-nous avant de concevoir ou est-ce plutôt l’inverse ? 

Question métaphysique s’il en est qui n’est pas sans rappeler la circularité de la question mettant en scène l’œuf et la poule.

Nombre d’athées ne parviennent que très superficiellement à déloger leur judéo-chrétienté en ne proposant leur transformation qu’à un niveau politique.

Mais que serait-il advenu si Spinoza et sa conception du Désir étaient chronologiquement arrivés avant Platon ?  Et ne fut-ce pas le cas en un sens ? Ces questions ne sont pas inintéressantes.

N’est-il pas vrai que la substitution de l’héliocentrisme au géocentrisme eût pu arriver bien plutôt si les conjonctures et les configurations politiques n’eussent pas interdit toute transformation ?

Pythagore semble avoir conçu la rotation de la Terre sur elle-même en même temps qu’autour du soleil bien avant Copernic et Galilée, il en fut de même pour Aristarque de Samos ; or, le géocentrisme ne succomba vraiment qu’au début du 17ième siècle et nous l’évoquons encore et toujours au gré de certaines expressions courantes comme: « Le jour se lève. » et « La nuit tombe. ».

C’est à partir de clichés aussi simples que ceux-là que la consultation philosophique se donne d’officier.  Immense labeur qui n’est pas sans danger me direz-vous, certes, et pour cette raison, une thérapie philosophique ne s’adresse qu’à une catégorie de personnes suffisamment stables et fortes pour envisager le travail, car il s’agit bien d’un travail.  

Mais n’en va-t-il pas de notre liberté même, de notre capacité à ne plus subir le poids d’un prêt-à-penser absolument impersonnel qui fait le jeu du Pouvoir ?

Heureux est donc le temps où nous vivons qui nous autorise la liberté de penser et de proposer ce que nous pensons à qui veut bien l’entendre ! 

Heureux est donc le temps où nous pouvons nous lever du limon où l’impersonnalité d’une pensée-réflexe nous tient prisonnier !

La consultation philosophique part donc du principe que tout un chacun se voit ordinairement aliéné dans une phraséologie  aux allures gaillardes et se donne de rendre au consultant sa puissance créatrice en même temps qu’organisatrice. 

Elle n’a pas pour objet la mise au grand jour du « continent noir » que dénonce Freud, mais elle vise cependant à rendre tel locuteur conscient, autant que faire se peut, de ce qu’il met en mots.

Contrairement à l’idée reçue, sans doute faut-il s’écouter parler pour savoir ce que l’on dit.

© 2010 THIERRY AYMES

MA POSTURE THERAPEUTIQUE

Par-delà les querelles d'écoles, la psychanalyse  est avant tout l'art d'écouter (d'analyser) la psyché humaine dont il y a tout  lieu de croire qu'elle est trouée par une zone d'ombre, un continent noir,  "l'Inconscient", inconnaissable directement, et qui se manifeste de différentes  façons. Elle s'édifie donc sur la base d'une foi en une zone "interdite de cité"  tenue, pour partie, responsable de perturbations psychiques et dont il s'agit de  découvrir le visage par le biais d'un travail commun, essentiellement fondé sur  le langage, entre une personne demandeuse et son analyste.

De Spinoza à Lacan, en passant par Schelling,  Schopenhauer, Nietzsche, Hartmann, Freud, Jung et autres Françoise Dolto, le  concept d'Inconscient pose avant tout le sujet (au sens large), comme second  d'un processus, et le condamne à n'être pas capable de transparence vis à vis de  lui-même, tout en nous contraignant à repenser la notion même de Liberté.

Je sais clairement QUE je suis, mais je ne sais  pas QUI je suis.

Je précise que je ne suis d'aucune école; les  écoles avec leur prétention totalisante leur foi en une clef  universelle m'ont toujours paru suspectes et les rivalités entre elles ont  a mes yeux des airs de sectarisme dont je me méfie. J'ai toujours préféré le maquis à la soutane.

Les psychanalystes ne détiennent pas la  vérité et je m'efforce de manier certains de leurs concepts (celui de  résistance et même de transfert ) avec la plus grande  précaution. D'autre part, face à certains philosophes platonisé(e)s,  nietzschéisé(e)s, heideggeré(e)s ou en un mot endoctriné(e)s, je me plais  régulièrement à évoquer la parabole des "4 aveugles et de  l'éléphant":

Quatre aveugles s'assemblèrent un jour pour  examiner un éléphant. Le premier toucha la jambe de l'animal et dit :  "L'éléphant est comme un pilier." Le second palpa la trompe et dit :  "L'éléphant est comme une massue." Le troisième aveugle tâta le ventre et  déclara : "L'éléphant est comme une grosse jarre. " Le quatrième enfin, fit  bouger une oreille de l'animal et dit à son tour : "L'éléphant est comme un  grand éventail."Puis ils se mirent à se disputer sur ce sujet. Un  passant leur demanda la raison de leur querelle ; ils la lui exposèrent et le  prirent comme arbitre.L'homme déclara : "Aucun de vous n'a bien vu  l'éléphant.  Il n'a pas l'air d'un pilier mais ses jambes sont des piliers ; il n'a pas l'air d'un éventail, mais ses oreilles éventent ; il n'a pas  l'aspect d'une jarre, c'est son ventre qui y ressemble ; il n'est pas une  massue, c'est sa trompe qui est semblable à une massue. L'éléphant est une  combinaison de tout cela : jambes, oreilles, trompe et ventre." Ainsi se  querellent ceux qui n'ont vu que l'un des aspects de la Divinité.

J'ajoute que  je ne considère pas sainte Thérèse Lisieux comme une anorexique mentale à  tendance hystérique, que la notion de divin ne me  paraît pas dériver d'une névrose quelconque et que l'art me semble susceptible  d'être autre chose qu'un acte sublimatoire potentiellement facultatif.

Convaincu que ce qui manque le plus à bon  nombre d'entre nous est la possibilité de s'exprimer en toute liberté et de  confronter à un autre que soi son discours intérieur, je ne propose a  priori rien de plus qu'une écoute ouverte, sans jugement, et pense  qu'elle suffit bien souvent à faire émerger ce qui doit émerger et qui, en  émergeant nous déleste.

Mon travail s'inspire donc d'un synchrétisme possiblement mis entre parenthèse en fonction de la  personne qui est entrée dans mon cabinet.

© 2010 THIERRY AYMES

 

"F" COMME FINITUDE

Un patient qui venait me consulter depuis plusieurs mois déjà, me dit ceci:

"Ces temps-ci, il m'arrive régulièrement d'avoir la notion de 'finitude' en tête.  Initialement, je pense qu'il s'agit d'une notion métaphysico-religieuse, mais je l'expérimente, me semble-t-il, et au risque de me tromper, sur un autre plan. Je ne me résous pas facilement à l'idée qu'aimer serait ce que l'on éprouve ou ce que l'on a le sentiment d'éprouver lorsque telle personne que nous rencontrons nous fait ressentir un manque insupportable, ou, lorsque l'on est artiste, provoque en nous un désir d'écrire, de composer, de peindre ou que sais-je encore?  Il me semble que ce que nous appelons 'amour' n'est bien souvent que la passion amoureuse.  Et si l'on doit en croire une classification que j'ai récemment rencontrée dans un livre que vous m'avez prêté, il y aurait une dizaine de façons d'aimer.  Le fait est qu'à vouloir expérimenter une autre façon d'aimer, plus proche d'une philia érotisée que d'une passion dévorante, je ne me sens pas bien. J'ai le sentiment de louper quelque chose...J'ai beau tenter de me reprogrammer tous les jours, ce n'est pas facile.  J'ai l'impression d'avoir été modelé une fois pour toute dès l'origine, tant par mon environnement culturel que par l'éducation que j'ai reçue, et je ne parviens pas à me convaincre qu'un amour sans les sentiments qu'il m'est arrivé d'éprouver soit possible." 

©   2013 THIERRY AYMES